Honorer ceux qui étaient là avant moi
- Gardien Sanctum
- 14 févr.
- 3 min de lecture
Dans ma pratique de la sorcellerie, il y a une chose qui est non négociable : le respect.
Respect de la nature. Respect des cycles. Respect des savoirs. Et surtout, respect de ceux qui étaient là bien avant moi.
Marcher sur une terre habitée
Je pratique sur une terre qui n’est pas vierge d’histoire.
Avant mes rituels. Avant mes outils. Avant mes mots.
Cette terre a été foulée, habitée, aimée, protégée par les Premières Nations. Elle a déjà connu des cérémonies, des chants, des offrandes, des prières.
La nature que je touche aujourd’hui — les arbres, les rivières, le vent — a déjà été en relation avec eux.
Je ne peux pas pratiquer en faisant abstraction de cela.

L’humilité comme fondation
Pour moi, honorer mes ancêtres et reconnaître les peuples qui ont vécu ici avant moi, ce n’est pas une posture symbolique.
C’est une question d’humilité.
Je ne suis pas le premier à dialoguer avec la terre. Je ne suis pas le premier à chercher le sacré dans les forêts. Je ne suis pas le premier à ressentir que la nature est vivante.
Il y a eu des générations de gardiens, de passeurs, de femmes et d’hommes-médecine, de communautés entières en relation profonde avec le territoire.
Le minimum que je puisse faire est de reconnaître leur présence dans la mémoire du sol.
La mémoire de la nature
Je crois que la nature garde la trace des relations qu’elle a connues.
Elle se souvient du respect. Elle se souvient des blessures aussi.
Pratiquer aujourd’hui demande une conscience de cette mémoire.
Cela signifie :
ne pas utiliser des traditions qui ne m’appartiennent pas
ne pas emprunter des rituels sacrés hors de leur contexte
ne pas réduire des cultures vivantes à des symboles esthétiques
Le respect n’est pas dans l’imitation. Il est dans la retenue.
Mes ancêtres aussi
Honorer ceux qui étaient là avant moi inclut aussi mes propres ancêtres.
Ceux qui ont transmis des croyances, des peurs, des gestes, des savoir-faire. Ceux qui ont survécu. Ceux qui ont transmis malgré les silences.
Ma pratique devient alors un point de rencontre :entre ma lignée et la terre que j’habite.
Je ne cherche pas à effacer l’histoire. Je cherche à marcher dessus avec conscience.

Une pratique enracinée, pas prédatrice
Dans un monde où tout peut devenir une tendance, même la spiritualité, je refuse que ma pratique devienne prédatrice.
Respecter signifie :
demander intérieurement la permission
donner en retour
écouter avant d’agir
reconnaître que je suis un invité sur ce territoire
La sorcellerie que je pratique n’est pas une prise de pouvoir.
C’est une relation.
Ce que cela change pour moi
Cette posture transforme ma pratique.
Elle la rend plus lente. Plus consciente. Plus responsable.
Elle me rappelle que le sacré n’est pas quelque chose que je possède. C’est quelque chose que je traverse.
Et traverser demande du respect.
Invocation aux traces invisibles
Ô terre qui porte les pas oubliés, souviens-toi de moi comme je me souviens d’eux.
Je ne viens pas conquérir, je viens écouter.
Sous mes pieds dorment des siècles, des souffles mêlés à la mousse, des mains qui ont touché l’écorce avant que je sache nommer l’arbre.
Ancêtres visibles et invisibles, ceux de mon sang et ceux du sol,
je vous appelle sans vous déranger.
Que mes gestes soient légers. Que mes mots ne percent pas le silence sacré. Que mon feu n’efface aucune braise ancienne.
Forêt ancienne, gardienne des mémoires, enseigne-moi la lenteur.
Rivière, qui as porté des chants avant ma voix, apprends-moi à couler sans posséder.
Je ne réclame rien. Je demande la permission.
Si je cueille, que ce soit avec gratitude. Si je trace un cercle, qu’il soit humble. Si j’invoque, que ce soit pour honorer et non pour dominer.
Que le vent me rappelle que je ne suis qu’un passage. Que la pierre me rappelle que je ne suis qu’un instant.
Ancêtres, je marche derrière vous, dans l’ombre de votre sagesse.
Et si un jour mes pas laissent une trace, qu’elle soit douce, qu’elle soit digne, qu’elle soit en harmonie avec ce qui était là bien avant moi.
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